#134 Les enfants des autres …

Ce week-end j’ai rendu visite à mon amie C. qui a accouché il y 15 jours. Il y avait évidemment elle, son mec et son bébé, mais aussi deux autres couples avec chacun deux enfants (entre 2 et 6 ans). Et moi. Tout ça dans un appartement de 33 m².

Je n’ai pas été foutue d’acheter moi-même un cadeau pour le bébé (je n’ai jamais fait ça de toute ma vie) et j’ai délégué cette tâche à ma mère (qui a géré ça comme une pro). Je suis donc arrivée là-bas avec mon sourire, le cadeau et … quelques craintes face à cette après-midi, il faut bien l’avouer. J’avais mis une jolie robe en pensant : quitte à être celle qui ne sait pas faire des bébés, autant être la plus jolie et la plus mince.

Le bébé dormait quand nous sommes arrivés. On s’assoit dans le salon, on offre les cadeaux, on papote (je vous laisse imaginer le sujet principal), on mange, on boit du café et les enfants se goinfrent de Kinder devant un dessin animé. Puis à un moment le nouveau papa me désigne, littéralement, pour venir changer le bébé avec lui. J’ignore s’il était au courant de ma « situation » (que j’ai de toutes façons raconté après, avec tout le monde ; je ne sais pas trop pourquoi ni comment on en est arrivé là d’ailleurs, mais mon infertilité et moi avons connu notre quart d’heure de gloire). Toutes les mamans présentes rêvaient d’approcher ce bébé mais c’est moi ait été « sélectionnée » pour être la première. Le mec de C. m’a expliqué comment faire, comme si on était en école de puériculture et que j’étais l’étudiante qui change sa première couche. J’ai tout bien fait. Et puis il sort de la chambre et me disant : « Maintenant tu peux le rhabiller et l’apporter à sa maman. » Comme ça, comme si c’était parfaitement normal et naturel de me laisser seule avec ce mini bout de 15 jours. Une demi-seconde de panique puis je me concentre sur mon job : remettre les petits pieds dans ce body et fermer les boutons-pressions. Alors sans raison, les larmes me montent aux yeux. Je parle à ce bébé, je lui raconte n’importe quoi en rapport avec ses vêtements ou le fait que son père est un peu fou de me laisser ainsi toute seule avec lui. Je respire un grand coup, soulève délicatement le petit être, le cale contre moi et je sors de la chambre. Poker face. On arrive dans le salon et personne ne se doute des émotions qui viennent de me traverser.

Le bébé est ensuite passé de mains en mains. Comme une sorte de rituel : se désinfecter au gel hydroalcoolique, porter le bébé, se faire prendre en photo, le redonner à son papa. Je pensais que le fait d’avoir changé une couche me dispenserait de cette coutume, mais non. Me revoilà avec le nourrisson dans les bras, à tenter de sourire sur cette photo où je suis trop blanche, trop maigre, trop cernée et visiblement pas très à l’aise.

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J’aurais du mal à expliquer pourquoi, mais j’ai toujours eu tendance à tenir les enfants des autres bien à l’écart, surtout quand ils sont vraiment bébés. Peur de mal faire. D’être illégitime, moi et mon statut de nullipare. D’autant plus que, dans ma bande d’amies, je suis à la fois la « clown », celle qui a longtemps dit qu’elle ne voudrait pas d’enfants et celle qui a parfois connu des périodes un peu … chaotiques. Pourtant je suis aussi celle qui a travaillé en crèche, a passé des centaines d’heures à faire du baby-sitting et à soigner des enfants handicapés. Mais je ne me sens jamais « le droit » de m’occuper d’un bébé qui n’est pas à moi si c’est hors du cadre d’un emploi.

C’était finalement une bonne après-midi. J’étais la plus mince, indéniablement. Mais sûrement pas la plus épanouie. Pourtant je n’ai pas envié ces couples avec leurs deux mômes, dont la moitié était assez mal élevée insupportable même pour les parents. Mais en voyant mon amie C. et son nouveau-né, pour la première fois je me suis vraiment imaginée ce que pourrait être notre vie à Lucien et moi. Ce pour quoi on enchaîne les rendez-vous médicaux et les injections d’hormones. Ce à côté de quoi nous passons aussi, pour le moment. J’ai réalisé comme tout devait être différent « après ». Comme j’avais hâte et peur. Mais comme j’étais prête pour ça, vraiment.

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12 réflexions sur “#134 Les enfants des autres …

    • Il y a déjà eu tellement d’occasions pour lesquelles je me suis défilée ces derniers mois … Je n’ai vu mon amie C. qu’une fois au cours de sa grossesse. Et je crois que je n’ai vu la fille d’une autre amie qu’une fois dans ma vie alors qu’elle va avoir 2 ans en mai … Enfin je crois que je suis dans une bonne période en ce moment. Donc opérationnelle pour « affronter » tout ça de façon sereine ! 😉

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  1. La confrontation avec un bébé et la parentalité des autres….toujours difficile. Toujours remplie d’appréhension.
    Bravo d’avoir réussi à surmonter cela. Et le plein d’émotions c’est normal.
    J’espère de tout coeur que ce sera bientôt votre tour

    Aimé par 1 personne

  2. Lucienne je t’admire beaucoup pour avoir réussi à t’occuper du bébé.

    Pour le 01/01/17 nous étions en famille quand mon cousin est arrivé avec sa copine et leur bébé de 20 jours. Je ne savais pas qu’ils allaient venir sinon comme toi bien souvent j’invente un prétexte bidon. Ma famille est au courant que j’ai de l’endométriose et que nous voulons un enfant mais que ça ne marche pas mais nous ne leur avons pas dit que nous commençons les FIV. Ne voulant pas me mettre à pleurer devant tout le monde (ce qui est mal vu dans ces situations) je me mordais la langue pour résister à cette invasion de larme que je sentais monter en moi. A un moment mon cousin m’a proposé de prendre mon petit-cousin dans les bras mais j’ai refusé car là je sentais que j’allais craquer. Comme toi tout le monde ne parlait que du sujet bébé et de ce qui tourne autour. Le temps m’a paru interminable et j’ai enfin pu craquer en rentrant à la maison. En plus j’avais appris la semaine avant que j’avais de nouveau un kyste de 4 cm sur l’ovaire et j’avais peur (donc hypersensible) qu’il compromette le début de la FIV.

    Je te souhaite de tout cœur d’avoir un beau +++ avec ton prochain TEC 😉

    Aimé par 1 personne

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